Le xxe siècle : l’entrée dans la modernité

Au tournant du xxe siècle, les citoyens, de plus en plus enracinés dans leur milieu de vie, se mobi­lisent pour améliorer les infrastructures de leur village. C’est ainsi que des projets de trottoirs et de revêtement de chaussée prolifèrent dans la région. Dans les décennies suivantes, l’arrivée graduelle de l’électricité et du téléphone est appréciée à la fois par les résidents, mais également par les villégiateurs de passage.

Dès les premières années du xxe siècle, le secteur de Dorion devient le centre économique de la région. De nombreux commerces de nature variée s’installent en bordure du chemin de fer et de la route pour profiter de l’achalandage.

La Première Guerre mondiale accélère le dévelop­pement économique de la région. Les cartoucheries de Terrasse-Vaudreuil et de Rigaud fonctionnent alors à plein régime pour approvisionner l’armée britannique. Après le conflit mondial, toute la société nord-américaine entre dans l’ère de l’automobile. La région de Vaudreuil ne fait pas excep­tion. Dès la sortie de la guerre, des projets de ponts routiers entre Dorion et Pincourt, puis entre l’île Perrot et Sainte-Anne-de-Bellevue font les manchettes. Le pont Galipeault sera ouvert à la circulation en 1922, et le pont Taschereau en 1925.

« L’inauguration des ponts Galipeault et Taschereau marque un changement radical dans le déve­lop­pement de la nouvelle ville de Dorion, créée officiellement en 1916. Un des plus beaux sites de villégiature disparaît et l’avenue Harwood se transforme en artère commerciale d’importance. »

Cette nouvelle ère influencera le développement commercial, avec l’arrivée de garages, de centres d’entretien mécanique et de pompes à essence.

Après la Deuxième Guerre mondiale, la prospérité s’installe. Le phénomène du « baby-boom » n’épar­gne­ pas la région. Par exemple, la population de Dorion passe de 1292 en 1941 à 2413 en 1951. L’après-guerre est également une période de fort développement économique et commercial. Après Rigaud et Saint-Polycarpe, les villes de Vaudreuil et de Dorion se dotent de caisses populaires dans la décennie 1940.

Pour répondre aux besoins de la population grandissante, des infrastructures de loisirs et des écoles voient le jour. La région de Vaudreuil-Soulanges est alors à l’aube d’une nouvelle ère, et jette les bases de ce qu’elle sera appelée à devenir dans les décen­nies suivantes.

La décennie 1960 : une révolution tranquille dans Vaudreuil-Soulanges

Au tournant de la décennie 1960, un nouveau chapitre s’amorce à l’échelle du Québec. Pour plusieurs historiens, il s’agit du point de départ d’une période phare dans l’histoire de la province : la Révolution tranquille. Avec la mort de Maurice Duplessis en 1959, on assiste à un renouvellement de la lutte politique et à une effervescence de la vie politique en général.

Cette période de réforme, cette révolution tranquille­, aura certes ses échos dans Vaudreuil-Soulanges. L’année 1960 marque l’arrivée sur la scène régionale d’un grand politicien : Paul Gérin-Lajoie. Tout au long de la décennie, le député contri­bue­ra, par sa vision et ses politiques audacieuses, à transformer le visage de Vaudreuil-Soulanges. Au cours de ses mandats, des infrastructures déterminantes pour le déve­lop­pement économique de la région voient le jour.

pont_3

Les ponts modernisés Galipeault et Taschereau, et le nouveau pont de l’Île-aux-Tourtes, consolident le réseau routier régional et provincial dans la décennie 1960. Hebdos du Suroît

pont_1Dans les premières années de son mandat, Paul Gérin-Lajoie mise sur deux enjeux d’importance : l’éducation et le transport. Dès l’année 1960, il esquisse­ les paramètres d’une vision qui lui est chère : la construction d’une école secondaire régionale centralisée. « Je tiens à parler d’un projet que j’ai l’intention de voir mener à bonne fin […] Ce que j’appelle, faute d’expression pour le moment, la cité des jeunes… », avait-il déclaré lors d’un discours en juin 1960. Avec détermination, il a mené à bien son projet. La Cité-des-Jeunes est inaugurée en 1964, contribuant au rayonnement de la région à l’échelle provinciale et à l’enrichissement culturel de la jeunesse.

Les mandats de Paul Gérin-Lajoie seront éga­lement marqués par le développement et la moder­ni­sa­tion du réseau routier de Vaudreuil-Soulanges, contribuant à son essor économique. On inaugure, en l’espace de quelques années, les nouveaux ponts Taschereau et Galipeault, le pont de l’Île-aux-Tourtes et l’autoroute Transcanadienne. Vaudreuil-Soulanges devient alors plus facilement accessible pour les investisseurs, les employeurs et les travailleurs en quête d’un emploi et d’un milieu de vie éloigné de la ville.

La modernisation des infrastructures et des principes d’urbanisme influencent le déve­lop­pement de nombreuses municipalités de la région. En 1964, par exemple, la Ville de Pincourt publie, dans le journal L’Écho, un cahier spécial dans le but d’exposer ses caractéristiques au goût du jour et avant-gardistes, portrait des banlieues ­modernes. On y vante, entre autres, la qualité des demeures, la largeur des rues et l’accès facile aux services. Un style de vie basé sur la consommation s’installe.

En 1969, lorsque Paul Gérin-Lajoie annonce qu’il quitte la vie politique, une page d’histoire est tournée. Une décennie de dynamisme, de grands projets et d’optimisme se termine, et une de conso­li­da­tion des forces de la région s’amorce.

Lire la suite